Portrait Sotigui Kouyaté

J’ai vécu une expérience passionnante : celle d’avoir été choisie par Sotigui Kouyaté pour jouer Jocaste dans « Œdipe ou la controverse », création théâtrale produite par le Théâtre des Bouffes du Nord. La pièce fut présentée en mars 2003 en Afrique à Dakar, Bamako, Bobo Dioulasso, Ouagadougou, Niamey, puis programmée au Théâtre des Bouffes du Nord du 22 avril au samedi 17 mai 2003.

Plus qu’une expérience théâtrale, le cheminement du travail fut une sorte d’initiation à la sagesse africaine, au théâtre, à la vie.

J’ai pris beaucoup de notes durant les palabres qui précédaient les répétitions et vous les restitue dans leur totalité, les redîtes faisant partie de l’enseignement

Sotigui Kouyaté a déposé sa vie le 17 avril 2010. Il reste présent et vivant dans la mémoire de ceux qui l’ont connu. Je vous transmets cet héritage …

Paroles de Sotigui Kouyaté notées lors des répétitions et des représentations d’Œdipe 3 janvier au 17 mai 2003

« Moi, je ne suis rien, je ne suis qu’un vent qui passe »

« Je ne suis que l’enveloppe de la sagesse »

« Tout ce qui touche à la vie des êtres humains est mon problème.
Mon théâtre n’est pas intellectuel.
Dans ce que je ne connais pas, il y a des choses que je prends.
Rien n’appartient à personne.
Même la vie ne m’appartient pas, d’ailleurs, elle passe.
Je veux être un guide mais pas un patron. »

Toute répétition commencera par un échauffement (sauf la petite semaine chez Sotigui où la place ne le permettait pas) puis par la formation d’un cercle dans lequel Sotigui, après nous avoir dit : « Bonjour les jeunes» accueillait notre réponse : un  bonjour massif et sonore, d’un «  ah ! ça vous êtes plus fort que moi » satisfait et souriant.

Le début de chaque répétition a été l’occasion pour Sotigui de nous parler du théâtre et du sens de la vie puisque pour lui, le théâtre est la vie. Cet enseignement, évolutif dans son contenu, souvent répété, a eu comme effet de souder cette équipe qu’il avait choisie, qui venait d’horizons et de formations très différents. Chaque personne du groupe avait une histoire personnelle avec Sotigui. Une rencontre, pas toujours liée au théâtre mais à la vie, à ce que Sotigui avait perçu, senti, « vu », non au sens regarder mais dans celui de voyance. Oui, Sotigui avait ce pouvoir de lire intuitivement dans les êtres qu’il ressentait, qu’il aimait, qu’il choisissait, membres de sa « famille ».

Une des premières révélations de Sotigui fut de nous dire :
« Je ne vous ai pas choisi pour vos compétences, mais parce que je vous aime »
« Vous avez en vous les qualités, moi, je ne ferai que les révéler. Je parle à tout le monde dans le cœur. »

Effectivement, je peux en témoigner avec mon propre cas et d’autres témoignages entendus lors de nos contacts amicaux.

Mon propos est d’essayer de transcrire, les causeries quotidiennes de Sotigui, en m’inspirant des notes prises lors des débuts de répétitions, sans ordre chronologique car il a souvent évoqué les mêmes thèmes.

Notes à partir du 3 janvier 2003

Chaque travail a sa façon de commencer. Comme dit le proverbe – On ne peut pas courir et se gratter le pied – »
Ce n’est pas parce qu’on ne connaît pas quelque chose que cette chose n’existe pas.

Sotigui a eu l’occasion de s’offusquer lorsqu’il entendit lors de colloques, certains universitaires dire que le théâtre n’existait pas en Afrique.

Le théâtre en Afrique fait partie de la vie. Le mot théâtre signifie « nous connaître » et aller au théâtre peut se traduire par « Je vais éclaircir ma vue », traduction qui porte tout son sens sachant que nous commençons les répétitions d’un Œdipe.

En Afrique, (en tout cas au Burkina Faso et au Mali), le théâtre est un lieu d’échange, de rencontre. La forme théâtrale est l’escargot. Trois cercles concentriques. Le premier comprend les enfants, le second, les femmes et le troisième, les hommes qui protègent enfants et femmes. Les acteurs jouent dans le cercle. Un théâtre en rond en quelque sorte. C’est le Koteba

La civilisation africaine se base sur la rencontre des êtres. L’étranger est celui qui apporte ce qui est ignoré. Il est accueilli pour trois jours par le chef du village avec l’obligation de participer à une veillée et de raconter sa vie.

La pire des choses, selon une histoire, ce n’est ni la maladie, ni la mort, c’est l’ignorance. L’ignorance, c’est « ne pas franchir le seuil de sa maison pour aller vers l’autre ».

Notre devoir est d’« aller chaque jour à la découverte des personnes qui sont en nous. »
«  Au lieu de te perdre dans les yeux de l’autre, regarde bien et tu pourras t’y voir »

La richesse vient de la différence avec l’autre.
« C’est parce que l’on est différent que l’on peut se compléter.
Il faut se confronter à l’autre pour établir son manque et trouver sa voie. L’avis de l’autre permet de confronter ce que tu sais ou ne sais pas sur toi et prendre ce que tu n’as pas. Mettre sa petite connaissance en lien avec celle de l’autre. L’inévitable, c’est la peur, mais il faut l’éloigner. Elle vient souvent parce que l’on pense pour l’autre. La peur ne doit servir ni de refuge, ni du repli qui empêchent d’avancer. La peur est une protection, mais c’est aussi une bête noire qu’il faut abattre. »

« Nous n’avons de rivaux qu’en nous-mêmes. La victoire est à gagner, au jour le jour, sur soi-même. »

La valeur d’un rôle, c’est ce qu’on en fait. Dans notre équipe, personne n’a rien à prouver, ni à justifier. «Nous sommes tous des apprentis ». Sotigui affirme être un éternel apprenti qui va apprendre, durant ce moment avec nous, tous les jours, à notre contact.
« Quand tu sais que tu ne sais pas, alors tu sauras ».

Il existe différentes attitudes par rapport au savoir :

  • Celui qui ne sait pas et sait qu’il ne sait pas. C’est le chercheur
  • Celui qui sait qu’il ne sait pas. C’est le dormeur. On peut le réveiller
  • Celui qui ne sait pas et ne sait pas qu’il ne sait pas. C’est un danger public
  • Celui qui sait et ne sait pas qu’il sait. C’est le sage

La tolérance est une grande valeur. S’accepter les uns, les autres. L’amour du prochain vient de cette acceptation. En bambara, l’amour du prochain a pour sens littéral « accepter nos saletés ».
« Chacun trouve son propre chemin. Chacun est son propre original. Ce que l’on imite est une copie. »

« Etre soi est une chose difficile et cela se réalise dans la complémentarité. »

L’art est vivant par le mouvement, l’accomplissement vient du mouvement. Le théâtre est la parole vivante. Il faut y éviter la mollesse. Le théâtre doit ajouter quelque chose d’invisible, un plus : la vie, l’énergie, la flamme dans la tranquillité.

À tout moment, nous devons vivre tout. Il faut éviter la concentration qui est une crispation sur soi, un repliement et développer la présence qui est :
Etre avec vigilance.

Le metteur en scène reçoit les suggestions qu’apportent les acteurs. Il faut que chacun soit libre de proposer, ne pas être prisonnier de la psychologie qui est une complaisance. Chacun doit apporter la vie et le sens des mots, sa pensée. Derrière la pensée, il y a l’idée.

« La parole n’est pas agréable, c’est son sens qui la rend succulente »
« Une parole n’est pas bonne par la manière mais par le sens »

(paroles de griot).

La parole est une parcelle de l’héritage divin.
Une parole sans colonne vertébrale est une parole qui n’a pas de sens.
C’est un fruit sans pépins.
Parler est un art difficile, le tout est de savoir le poids des mots.

Nous devons travailler sur l’idée qui est derrière chaque pensée. L’action est dans la parole vivante. À tout moment, chacun sur scène doit vivre tout.

Ce qui est intolérable au théâtre, c’est ce que l’acteur soit absent.
Un acteur se doit d’être présent, de développer sa présence.
Un acteur doit être vigilent et exigent pour être présent et réceptif à l’énergie de l’autre.
L’acteur ne doit pas chercher à séduire par des effets. Il doit être le plus proche de soi-même. Il n’y a pas une manière de dire blanc pour dire blanc. Blanc c’est blanc.
La vie sur scène, c’est la présence. Etre là.
La technique n’est là que pour servir le don et non l’inverse.
Un sentiment, ça ne joue pas, ça se vit.
Une émotion, ça ne se joue pas. Ca vient.
L’émotion est intérieure et non extérieure. Elle est dans la pureté du langage. Etre soi avant de penser à une attitude de l’acteur ou à un effet vocal.
La vérité c’est accepter que dans la diversité, la complémentarité se crée. Elle ne peut être qu’avec la pureté et la sincérité.
Faire oublier qu’on est acteur. L’art est là, mais il doit être subtil. On ne doit pas le voir. Il ne faut pas mettre le savoir faire en avant.
On peut obtenir des résultats, mais si c’est sur un mensonge, ça ne touche personne.

Sotigui nous raconte une anecdote que je n’ai pas notée. Il s’agit de ce qu’il a envie de réaliser et de la réaction supposée de la critique Il conclut par cette phrase : « Ils vont me critiquer mais c’est leur problème. »

Comment toucher le public ?

Par la jubilation, la vérité, la simplicité. Etre naïf est nécessaire. La trop grande intelligence bloque. Il faut retrouver la naïveté de l’enfance. L’innocence vaut mieux que l’expérience. Nous sommes des apprentis. Il faut pouvoir lâcher prise pour aller là où l’on ne sait pas. Dans le jeu, les acteurs doivent se compléter mais aussi se soutenir. Quand on intervient, c’est toujours pour un plus, jusqu’au moment du silence.

Cette pièce Œdipe va si profond dans l’âme humaine. Elle touche le mystère de l’homme. La tragédie est dans le sentiment. Il faut donc la pensée pour faire ressortir le sentiment. Il n’y a pas à démontrer un sentiment sinon c’est du maniérisme, de la caricature. Il faut l’étincelle de la parole. C’est la parole qui est vivante et l’écriture qui est morte.

« Quand le serpent vient te mordre, tu le chasses avec le bâton que tu as. » proverbe

« Le Maître présente son disciple en disant je vous présente Mon Maître »

Au théâtre, le metteur en scène doit être au niveau de son disciple pour l’aider à monter. Il est possible d’ouvrir des brèches mais pas de lui montrer ce qu’il faut faire. Une copie ne vaut jamais l’original. Il faut inventer de l’original. Libérez-vous. Osez. Prenez des risques. Proposez.

La clarté, la transparence sont nécessaires. Derrière notre force, on trouve sa faiblesse et derrière les défauts, les qualités.

On ne peut empêcher un être humain d’être ce qu’il est. Nous vivons avec ces trois possibilités.

Ce que l’on doit faire. Ce que l’on peut faire. Ce que l’on veut faire.

« Quand l’esprit n’est pas libre, la main ne peut agir »

« Je ne crois qu’aux rencontres. Apprendre de l’autre encore et toujours »

Le théâtre, c’est un être invisible qui a un esprit, un cœur, une âme. Pour vivre, il a besoin d’un rythme. C’est le rythme qui emballe l’univers. Comme le cœur donne le rythme de la vie. Il existe un rythme en toute chose. C’est la vie. Tout a une vie. Mettons de la vie dans tout.

« Le drame de la vieillesse est de perdre le rythme. Sans rythme, il y a faiblesse. »

« Si tu arrives dans un village et que les habitants hurlent comme des lions, tu ne peux bêler comme un agneau où ils te bouffent »

Au théâtre, il faut être dans la vérité de ce que l’on dit. Ne pas mettre le jeu avant l’expression. Rester derrière le texte.

Le jeu doit être subtil pour que l’on oublie qu’il y a des acteurs. Ne pas être parasité par la pensée du comment on doit faire ça. Il faut faire.

Un acteur se doit d’être présent, sensible, attentif à chaque instant.

« La pensée te sort de l’immédiat » Ce sont les situations qui nous font marcher. On ne va pas au-devant des situations.

Chaque image a une durée de vie. Comme l’être humain. Une belle image, il faut savoir l’arrêter comme l’être humain qui doit savoir s’arrêter.

63 ans, en Afrique (9 fois 7 cycles), c’est l’âge des gains et de la perte. Les idées que l’on a cumulées durant sa vie, il faut les transmettre aux enfants. Quand on ne grandit plus, il faut semer dans les enfants. Il faut rendre ce que l’on a reçu et partager les connaissances.

Personne ne donne sans recevoir. La manière de donner vaut mieux que le don.

Ce sont les gens qui font de vous ce que vous êtes. Il faut être modeste et humble vis-à-vis du public.

Nous sommes des arbres, si l’arbre est malade, les fruits ne sont pas bons.

Mon père en marchant ne regardait jamais derrière lui.

C’est l’être humain qui se limite lui-même.

Celui qui se respecte, respecte les autres.

Dans la nature, ce sont les animaux les plus forts qui sont les plus calmes. La force n’est pas dans l’agitation.

On ne peut pas être sur une scène comme dans son quotidien. Il faut la tenue, la présence.

L’or peut être volé. Le bétail peut être volé. La fierté ne peut être volée. Il aime la viande, mais si la viande qui doit être mangée la tête baissée, il ne la mange pas.

Ce n’est pas la vitesse et la précipitation qui fait avancer un travail. C’est l’ordre, la discipline, l’unité.

Comme le développement d’un enfant, un travail a des étapes.

Il ne faut pas essayer de jouer tout de suite. On a le temps. Il faut travailler sur la flexibilité de la colonne vertébrale, penser à l’articulation et rester dans la vérité du texte, sans pensées psychologiques.

Il n’y a pas de problème sans solution, ou alors, il n’y a pas de problème.

Parler est un art difficile, le tout est de savoir le poids des mots.

Le véritable trésor est de pouvoir compter sur l’autre.

S’abandonner à la vibration de l’Etre, en ne pensant à rien, en en voulant rien. Essayer de faire en sorte que pas la moindre substance de soi, n’entre en jeu.

Ne pas penser au but. Agir sans penser aux fruits de l’action. Sans penser au résultat positif ou négatif.

Etre libre de toute conscience du moi. Laisser faire l’Etre. Cette vraie voie est inépuisable pour les humains que nous sommes.

Qu’est-ce que la voie juste ?

Les mots et la parole.

Une parole ne peut pas être ronde, sèche. Elle a un mouvement. La vie de la pensée est le fil de la pensée. Il faut nourrir la parole, la soutenir, la détailler.

Une parole se donne. Elle ne se balance pas.

Tu ne peux pas donner ce qui n’est pas à toi. Il faut donc comprendre pour soi ce que les mots disent.

3 temps :

         Je sais ce que je dis.

         Je sais pourquoi je le dis.

         Et si je dis : qu’est-ce que je cherche et dans quel but ?

         Toute la richesse est dans ce mouvement. S’interroger : est ce que ce que je dis a un effet sur l’autre.

J’ai créé un corps et vous, vous lui donnez la vie.

Aime celui qui t’aime.

En Afrique, on considère que tout est enseignement. On marche, on voit une colonne de fourmis, on regarde. On apprend.

Il y a ce qu’on doit, ce qu’on veut. On n’a pas toujours ce qu’on veut et on ne peut pas toujours faire ce qu’on veut. Nous ne sommes pas en compétition. Nous n’avons rien à prouver, rien à justifier. Faire ne veut pas dire trop faire. Mais faire avec engagement. Etre avec les autres. Chercher la qualité dans ce que l’on fait. La qualité c’est la conscience. Faire selon ses capacités en trouvant la souplesse des articulations. Prendre la force et la faiblesse de l’autre pour le meilleur car on se complète.

Le bon et le mauvais n’existent pas. Le juste est intéressant.

Ne pas penser à ce que l’on fait, faire mais sans volontarisme. Il faut se dépouiller des tics et des manières.

Quand tu sais que quelqu’un n’aime pas la vérité, tu te tais, mais tu ne le flattes pas car alors c’est à toi que tu fais mal en faisant mal.

Dire la vérité à un ami n’exclut pas l’amitié. Les amis doivent se dire la vérité.

La vérité, ça rougit les yeux, mais ça ne les détruit pas.

Tu ne peux pas faire du bien à un ami et lui dire c’est pour moi que j’ai fait du bien.

Quand tu mens pour faire le bien, ce n’est plus un mensonge. Quand tu dis la vérité et fais le mal, ce n’est plus la vérité.

On ne peut pas imposer la discipline. La discipline est une conscience.

J’ai créé, ça ne veut pas dire, j’ai fait quelque chose. J’ai seulement fait mon devoir. Moi je ne suis rien. Je ne suis qu’un vent qui passe.

On perd de l’énergie. Il faut en prendre conscience et à chaque seconde la renouveler.

On ne peut pas retenir une pierre qui a été lancée.

Un arbre ne peut pas ne pas donner ses fruits.

On ne peut lâcher le poisson qu’on a dans la main pour aller chercher celui qu’on a sous le pied. Certains ont un bras en arrière pour retenir le passé et un bras en avant pour attraper le futur et aucun bras pour être dans le présent.

Rien n’est jamais bon à 100%  et rien n’est jamais mauvais à 100%.

Se poser la question de savoir ce que l’on peut faire pour que le médiocre devienne le passable.  Chacun a quelque chose à apporter dans ce qu’il faut au théâtre.

Tout ce que tu peux dire a déjà été dit.

Rien n’appartient à quelqu’un.

L’erreur est humaine. On ne fait jamais exprès de se tromper. Quand on a le même but. L’erreur de l’un est l’erreur de l’autre.

On n’écoute pas qu’avec une oreille, on écoute avec toute la personne.

La sève du spectacle circule. Le spectacle est comme un arbre géant fragile, la sève est en rotation. La sève est harmonie. Elle réclame intégralement conscience et engagement.

L’ingratitude, en Afrique, est une chose grave. Celui qui ne reconnaît pas le bienfait d’hier, ne pourra connaître celui d’aujourd’hui.

Nous sommes des humains. A ce niveau, la perfection n’existe pas. Cependant il faut tendre à la qualité.

On se cache par peur. Trop se protéger, c’est étouffer. Nos capacités ne sont pas identiques, elles se complètent.

« Dieu a fait un beau cadeau à l’être humain, mais il passe côté sans l’apercevoir, c’est le mouvement »  Gordon Graig

Il faut agir sans penser aux fruits de son action. (Pensée du livre de la sagesse hindoue).

Fais ce que tu as à faire. Une chose qui n’est pas faite n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle n’existe pas.

On ne peut, pas agir et ne pas agir. Il faut s’abandonner. On est lié à la pensée. On veut faire le bien mais comment faire pour que ce soit le bien. Un chemin, partir de l’oubli de soi-même. Ne pas être prisonnier de ses pensées. Proposons. Amusons-nous. Le plaisir. La joie en soi.

Une tragédie ne peut pas se raconter avec un corps mort. Une tragédie, ça tient jusqu’à ca que ça casse. Il faut trouver la pureté, sans parasites. Faire vivre les mots. On ne peut pas jouer les mots. Nous devons avoir de la compassion mais pas d’apitoiement.

Le savant penseur que l’on accepte est Dieu. Le savant penseur que l’on refuse est Diable.

Freud est devenu un dieu. Il dit des choses pour lui. Il ne faut pas s’accrocher à ce qu’il dit. Ce qu’il dit lui correspond.

Les personnages d’Œdipe

Ils sont tous dans le devoir, le respect des règles et des vérités. Œdipe, Jocaste, Créon sont des âmes nobles.

Il faut que le spectacle pose des questions sinon c’est plat.

C’est en s’oubliant qu’on fait bien.

Si on pense : Comment je fais le bien. On pense à soi au détriment de faire bien.

« Le bien suprême : aller chaque jour vers le meilleur de soi-même. »

La tragédie ne peut pas se jouer dans la mollesse mais dans une force calme. Trouver la sérénité, la confiance en soi, aux autres. Pas de panique. Pas de précipitation. Pas de crispation. Pas de trop grande concentration. Trouver la fluidité.

Prendre conscience de l’endroit de son corps qui empêche de se tenir droit. Le mouvement doit être harmonieux. Les yeux pétillants. Tout doit vivre.

Dans un spectacle, le rythme monte progressivement jusqu’à une intensité qui doit être un nouveau départ.

Toute fin est un début.

Ce qui est beau, c’est la fixité d’un acteur sur laquelle le public peut se projeter. D’où la nécessité pour l’acteur de ne pas montrer son émotion.

Envisager l’acteur comme une sur-marionnette.

La sobriété et la simplicité entraînent la subtilité. Ce qui est grossier est lourd et laid.

La simplicité, ça se cultive. C’est une démarche désirée de tous les jours.

Chez les égyptiens, la première initiation devait amener les personnes vers la simplicité.

Plus on est sobre, plus on saisit le public et les personnes.

La balance est symbolisée par la justesse. On dit qu’elle est sensible.

Quand on est sensible à l’autre, la justesse vient.

La complaisance est lourdeur. Elle vient des inutilités à l’intérieur de soi. Aller vers la sobriété.

Quand on gravit une montagne, au début, c’est facile, plus on monte, plus il faut s’accrocher. Il en est de même de notre travail.

En chacun de nous : trouver sa liberté. Cela vient quand on élimine la peur.

Se retenir est une manière de se cacher.

C’est une protection qui nous empêche de nous libérer, de laisser venir l’inconnu qui est en nous.

Ce qui est extérieur est l’aspect extérieur. Ce qui est dedans est l’aspect intérieur qui est l’aspect supérieur, le plus beau ; Cet aspect intérieur ne peut sortir que si l’on s’abandonne.

Laisser tomber les idées, les pensées intellectuelles.

Laisser venir votre génie créateur.

Cela demande la confiance à 3 niveaux.

  1. En la vie

Cette confiance fait que l’on peut dire MOI. C’est une réalité. Chacun est unique. C’est une fierté. Personne ne peut être toi.

  1. En soi

Pour que je t’accepte, il faut que tu t’acceptes.

Si j’ai des mauvaises pensées, il ne peut m’arriver que de mauvaises choses.

Si je sème du blé, je ne récolterai pas du maïs.

Si tu ne crois pas en toi, personne ne peut croire en toi.

  1. La foi

La foi, c’est la force que nous avons en nous.

Si tu as confiance, ton entreprise sera à l’image de ton désir et de ta volonté donc de ton amour.

Chacun a à donner selon ses capacités. Accepter ses maladresses, ses promesses.

Mon père m’a dit :

« Baba, le jour où tu feras quelque chose et que tout le monde vient te féliciter. Si personne ne te dit : je n’ai pas aimé. C’est que ce que tu as fait n’est pas humain. »

Il est interdit d’interdire d’espérer.

Un échec n’est pas une fin. C’est le commencement d’autre chose.

On ne peut vaincre la volonté d’un homme.

Si tu apprends à nager, il faut accepter de plonger dans l’eau.

Personne ne peut prétendre qu’il ne se trompera jamais.

On a de rival qu’avec soi-même.

L’homme n’a d’autres ennemis que soi-même. C’est lui qui invente dans le regard de l’autre l’amour ou la haine.

L’autre tu le regardes dans les yeux et tu te verras. Tout ce qui rapproche les hommes est plus important que ce qui les éloigne.

Au lieu de l’adversité, il faut penser à la complémentarité.

L’autre est un miroir qui nous aide à définir nos manques.

Je sais ce que je veux, mais ce que je sais ne m’intéresse pas car je ne sais que très peu de choses.

Trouver le plaisir de jouer. Une scène ne peut en aucun cas être un chant d’angoisse.

Eviter de créer des personnages trop complexes. Ce qui est important, c’est ce que chacun fait d’un personnage. Ce qui vient de lui. Sinon on crée un personnage artificiel.

Trouver le personnage en soi et le nourrir ensuite.

Ne pas forcer l’émotion, ni le sentiment car le résultat est faux.

Rester vrai. Rester derrière le texte. Le soutenir en le défendant corps et âme pour être sur le chemin de la vérité que chacun revendique.

Tout est dans le texte. La réalité du discours et du jeu théâtral. Trouver à chaque phrase sa pensée ou une pensée. Pourquoi l’a dit-on ? Que veut-elle dire ? Dans chaque phrase, quel est le mot clé qui peut soutenir la pensée ?

Derrière une force, il y a une faiblesse. Derrière une faiblesse, il existe une force.

Essayons d’être des êtres nouveaux en allant chercher des capacités nouvelles et cachées en nous. Nous ne ferons pas de miracles, ayons seulement la qualité et le rendement d’honnêtes artisans.

Nous sommes souvent confronté à ces possibilités :

  • Ce qu’on doit faire
  • Ce que l’on veut faire
  • Ce que l’on peut faire

Ce que l’on peut faire nous aide à aller vers ce que l’on veut faire.

La chose la plus difficile est être soi-même. Trouver sa vérité.

Il n’y a pas une voix (une voie ?) pour la vie et une voix pour le théâtre.

« Dieu nous a fait deux grands cadeaux : L’oubli et le sommeil. Nous devons développer deux grandes qualités : la patience et l’humilité. »

Nous apprenons à connaître les personnes que nous avons en nous, en rencontrant l’autre. L’étranger est l’homme riche car il apporte ce que l’on ne sait pas.

« Il faut apprendre à courir avec trois pattes pour ne pas avoir à s’arrêter si l’on coupe une patte », proverbe qui se dit littéralement : « La hyène court toujours avec une patte en moins ».

Dans cette tragédie, on traite de la complexité du rapport de Dieu et de l’homme. On peut le traiter avec douceur. La perfection n’est pas de ce monde mais nous sommes à la recherche de la qualité.

La langue et les dents cohabitent, mais parfois on se mord la langue. Proverbe pour dire que, dans la famille, on peut se heurter. Nous sommes une famille.

On dit qu’il faut désapprendre ce que nous avons appris à l’école. Il y a des étapes.

Nous sommes partis de moins que rien.

Ensuite le texte est venu.

Puis la colonne vertébrale.

Puis la forme.

Puis la vie pour la composition des scènes

Pour aller plus loin, il faut accepter une remise en cause.

Un acquis n’est jamais acquis. On peut aller toujours plus loin. La perfection n’existe pas car nous sommes des hommes mais nous sommes tenus à la recherche de la qualité.

Notre vivre doit être nourri par la recherche de la vérité afin que le public puisse se laisser aller à ce que ce soit vrai.

Ne pas jouer mais VIVRE.

Comment vivre une situation que l’on joue ?

En trouvant la pensée, en la clarifiant. Une phrase peut avoir plusieurs sens. Nous devons lui donner un sens clair. Son sens clair.

Eviter les paroles vides de sens. Pour cela, trouver sa vraie voix (voie ?), être soi-même, le plus proche de soi-même avec quelque chose en plus : l’ENERGIE

Elle est une autre conscience. L’énergie vocale et corporelle.

Il faut entrer dans l’énergie de votre vis-à-vis et aller au-delà. L’énergie, telle la sève qui circule dans les branches, a la même qualité où qu’elle soit. Nous sommes plusieurs à raconter la même histoire, il faut donc la même énergie, le même tonus, la même vie intérieure dans chaque corps.

La lumière ne bouge pas, mais quand tu mets ton doigt, tu te brûles, l’énergie est là.

On ne doit pas sentir dans mes intentions que j’attends une réponse de l’autre.

Quand on casse la relation, on n’est pas dans la pensée. Quand on est dans ses réflexions psychologiques, le public ne comprend pas ce que l’on a dans la tête.

Pas de mouvements gratuits, la relation est plus forte que les déplacements esthétiques. Ces déplacements peuvent être, mais en plus.

Le théâtre radiophonique existe par la vérité des acteurs.

Il faut de la volonté, du courage. C’est une lutte d’abandonner ses habitudes qui sont une seconde nature. Plutôt que de rester ou retourner à la médiocrité, cela donne du sens à l’existence.

Tout ce qui ne tue pas, engraisse.

Sans expérience inutile, rien n’arrive.

Quand le mal est fait, on essaie d’éviter le pire.

Là, où il y a la santé, il y a la maladie. (proverbe qui dit qu’il faut prévoir)

C’est de l’honneur de chacun de faire grandir le bébé que nous avons mis au monde. C’est un engagement. Ce serait se trahir de ne pas aller au bout. Ce n’est pas facile d’arriver à un certain niveau. Peut-on encore aller de l’avant ? Comment éviter de revenir en arrière ?

Tant que dans la vie, on essaie ce que l’on ne sait pas, alors on avance. Le bien faire n’est pas un oreiller pour se reposer.

Tout ce qui touche à la vie des êtres humains est mon problème. Mon théâtre n’est pas intellectuel. Dans ce que je ne connais pas, il y a des choses que je prends. Rien n’appartient à personne. Même la vie ne m’appartient pas, d’ailleurs, elle passe. Je veux être un guide mais pas un patron.

Je tiens à ce que soyez modestes, humbles et dignes pendant les applaudissements.