Portrait Jacques Sarthou

Jacques Sarthou (1920 – 1999)

J’ai rencontré Jacques Sarthou en 1969. J’avais 19 ans et lui 49. Nous fûmes mariés 17 années. Je l’ai accompagné jusqu’à sa mort. A notre rencontre sa carrière théâtrale était déjà longue. Il fut mon Maître, et Pygmalion. Il m’entraîna dans des aventures théâtrales nouvelles pour lui, telles que le théâtre pour le jeune public, le théâtre en zone rurale avec la restauration et la création du Château-Théâtre de Roquefère (Aude).

Jacques Sarthou est né le 4 août 1920. Il a retracé sa vie dans un livre : Pourquoi le Théâtre ? (éditions Atelier du Gué – 1992)

J’en extrais le « Portait de l’auteur par lui-même »

« Il détestait le théâtre
Mais il décida de devenir comédien.
Allant au théâtre en tant que spectateur,
Il ne dépassait pas l’entracte
Il comptait les projecteurs
Qui derrière les frises
tentaient de faire croire aux spectateurs
qu’elles étaient le soleil
Il aimait Jean-Louis Barrault
qui le premier ne voulut pas prendre
les spectateurs pour des imbéciles.
Avec son ami d’enfance Robert Bazil,
il entra dans un cours d’Art dramatique.
Ils avaient présenté une scène tragique
qui fit rire tout le cours
tant ils étaient ridicules.
(de tout le cours, eux seuls, devinrent comédiens !)
Fallait-il qu’ils soient timides pour avoir autant d’audace !
C’était en 1936.
Il préparait « l’École dentaire »
C’était le Front Populaire.
Il apprit du fils d’un rabbin à lever le poing dans les manifs.
Il commençait à jouer par-ci par-là.
Il commençait également à écrire des pièces.
Son vieux professeur croyait aussi en lui en tant qu’auteur.
10 octobre 1940, il ouvre un music-hall
dans paris avec Robert Bazil
et ses copains de la « Communale »
A ce jour, il en est à son douzième théâtre bâti de ses mains.
11 novembre 1940 : première manifestation de la résistance,
place de l’étoile.
Robert et lui en furent.
L’homme qu’il admirait part à Londres
avec de Gaulle.
Il ne le reverra que 50 ans après
pour le remercier de l’exemple
qu’il apporta à son adolescence.
Quatre ans d’occupation.
Il est arrêté dans une manif de résistance
avec son inséparable ami.
Sa vie se partage entre la comédie
et la tragédie de l’occupation.
1943, il rencontre Jean Cocteau
qui devient son patron et qui l’aide sur tous les plans,
à écrire et à « désécrire ».
Il continue de jouer avec ses camarades :
Jacqueline Joubert, Gérard Philipe,
Silvia Montfort et Robert Bazil.
Arrêté par les Allemands, ils s’en tirent par miracle.
Jésus a dû passer par-là ce jour-là.
Il avait son image de premier communiant
dans son portefeuille.
Il part un an en tournée sous un faux nom
en changeant de villes chaque jour,
Il échappe ainsi aux Allemands.
Il est engagé au TNP alors dirigé par Pierre Aldebert.
Puis c’est la Libération.
Il rentre à la radio.
Ses Maîtres sont Delférière, Jean Lescure, Jean Tardieu.
Il fait mille émissions radiophoniques.
En 1946, il joue « Meurtre dans la Cathédrale »
avec Jean Vilar au Vieux Colombier.
Devient responsable syndicaliste
Pique une dépression nerveuse,
s’en tire en lançant la décentralisation théâtrale
dans la région parisienne.
En 1950, crée le Théâtre de l’Ile-de-France.
Chez lui, l’action va de pair avec la réflexion.
Il devient communiste chrétien.
Il vend l’Humanité sur les marches de l’église
Saint-Honoré-d’Eylau.
Le secrétaire de Firmin Gémier
l’entraîne dans le sillage du maître.
Il crée un théâtre à Antony qu’il appelle Firmin Gémier
et dans le même temps, un théâtre à Ivry.
Vitez prendra sa succession.
1992, le théâtre de l’Ile-de-France a 42 ans
et il est une des plus anciennes troupes du pays.

Ce portrait est complété à la fin de livre pour un témoignage de Gabriel Aymé – ami de Jacques Sarthou qui reprend les dates de sa vie.