L’Amaryllis

Quel étonnement renouvelé
que d’un bulbe de petite taille
émerge en un temps record
plusieurs fleurs d’une saisissante beauté

Je voudrais vous décrire la perfection de ce calice évasé

Mes mots s’effacent et
j’entends
les cris de détresse de celles et ceux qui se sont noyés
tentant de fuir guerre et pauvreté

Je voudrais vous peindre ses pétales veloutés

Mes mots s’effacent
et j’entends
les hurlements des femmes violées
esclaves sexuelles enchaînées

Je voudrais vous conter le jaune de l’étamine recourbée

Mes mots s’effacent
et j’entends
les tremblements de celles et ceux qui dorment sur les trottoirs glacés
d’une capitale aux valeurs liberté égalité fraternité

Je voudrais je voudrais
ne transmettre de cette fleur que la fascinante beauté

J’entends j’entends
du monde le bruit lancinant de la peur et de la douleur

Est-ce pour ce rappel Ô sublime fleur
que tu rayonnes en rouge sang ?

 

 

 

 

 

Impuissance

Ils ont tout perdu
la boue à endommager les logements
la tornade a déraciné les arbres et soulevé les toits
la pluie a inondé les récoltes
le feu a détruit les forêts
la grêle a saccagé les fruitiers
le séisme a enseveli les habitants
les frappes aériennes ont écrasé la ville
les bombes ont massacré les familles

Des vies et parcours de vie anéantis en un instant

la nature en colère détruit sans discernement
la violence de l’homme par l’homme est sans limite

Quand les critères sont réunis
la sauvagerie se déchaîne

L’Homme est planté
impuissant
regardant la vie dévastée
engloutie dans les flots de sang

une vie si ténue
confrontée à la force des éléments
une vie si menue
digérée par l’espace temps

notre vie est un souffle
héritage d’amour en devenir
compassion contre impuissance

souffrir avec les puits de sang

 

©peinture Brigitte Deruy

 

‘Expeausition’

« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau. »
Paul Valéry – L’Idée fixe

Le vent sur la peau
trace la frontière du corps
les poils se hissent
frémissement intérieur
Emotion

Le soleil sur la peau
colore l’épiderme
alchimie des fluides
les cellules absorbent
Aspiration

La peau respire côté face
la lumière radiante
transporte côté pile
l’énergie noire
Inversion

Les peaux pile et face
enserrent enlacent entourent
cernent enferment contournent
emprisonnent séparent isolent
Possession

Ma peau contre ta peau
face à face en interface de surface
s’attirent se fondent suintent
s’oublient s’amalgament fusionnent
Copulation

La peau dépose le temps qui passe
trace plis rides cicatrices outrages
côté pile et face
tatouage des âges
Exposition