La page blanche

« La vie : une page blanche que les autres regardent s’écrire »

Une page blanche
sans lignes
sans interlignes
c’est un silence
la respiration de l’écriture
en apnée

Vibration d’une angoisse qui n’a pas encore de nom
vertige du délire à venir
émotion d’un tracé en puissance
dessein d’un imaginaire encore abstrait
mer étale en attente du plongeon d’un premier mot

C’est la sortie par la porte étroite
le premier cri
Et tout s’enchaîne
Une page blanche appelle le viol
réclame la délivrance

Une page blanche appelle la mémoire
contient du temps suspendu

Une page blanche c’est un trou noir

Troublant…

 

Un droit

Toi qui fuis dans ta nuit
recouvert d’une carapace de solitude
vers quel rivage navigues-tu ?

Toi qui rêves d’un lieu isolé
pour enfouir ta richesse
vers quelle maison te diriges-tu ?

Toi qui bougonnes sur l’âpreté de ton destin
figé dans ta rigidité
vers quelle étoile regardes-tu ?

Toi qui refuses la main tendue
fixant le sol les yeux embrumés
vers quel lendemain te projettes-tu ?

Toi qui rejettes la tendresse
drapé dans une ombre glacée
vers quel précipice dévisses-tu ?

Toi qui nies les frissons de ta peau
sourd aux appels de ton désir
dans quel cœur habites-tu ?

Tu as Toi aussi
Droit au bonheur

Il se conjugue au présent

 

La commode

Le temps s’enfuit
sur un dériveur déboussolée
et la vie manège surannée
tourne de plus en plus vite

Le passé est un château
dont les pièces se vident
et la tempête automnale claque les fenêtres
aux rêves qui se brisent

Le présent vivant range
dans les tiroirs billebarrés de la commode
les mots les mots et encore les mots
récoltés et amalgamés au fil des maux

Les pages jaunies empilées
racontent en désordre
les strates d’une vie
elles entretiendront le feu
de la crémation de l’écorce charnelle
ou rempliront les poubelles d’un cyclécolo

Rien ne se perd
Rien ne presse

Encagée dans le présent
je savoure chaque instant continuant
de jeter des mots tout venant à tous vents