Constat

J’avais un ras-le-bol
j’étais remplie de trop plein
je débordais de trop plein

Faut faire le vide me suis-je dit

J’ai déversé le trop plein par dessus bord
et comme la nature a horreur du vide
plus je jetais le trop plein
plus je m’emplissais de vide
et le vide c’est comme un trop plein mais en vide

Dans le trop vide on est dans le noir
en apesanteur
les pensées errent légères
elles ne s’accrochent plus les unes aux autres
elles flottent comme des filaments dans la matière noire

– Je suis morte – me suis-je dit
je plane dans le vide

– Mais non Patate – dit ma petite voix
(Patate est le nom que me donne ma petite voix)
Tu rêves. Ouvre les yeux

J’ai compris :
faire le vide ça aide à s’endormir …

Ouvert vers où ?

Avec l’ombre de la clé
j’ai ouvert ton silence
il parlait au vent

Le souffle répondait

J’écoute l’invisible
de la parole qui s’épelle

Une incandescence me brûle les entrailles
un cri éteint le feu
une onde paisible se propage
le temps se fige
je meurs à moi-même
en avalant
les mots de ton silence
motus

Continuer le chemin

Le bout de soi-même existe-t-il ?

 

Pile ou face

Dans la nuit de l’hiver
les voiles ont été pliées
pile ou face ou
face à face
tatouages sans âges
leurs peaux déposées
endroit envers ouvert
décalquent leurs empreintes
compriment leur essence
déposent leurs sédiments
ensemencent de nouveaux sens

Dans la lumière du printemps
les voiles se déplient
s’ébrouent dans le vent d’autan
pile ou face ou
face à face
l’endroit est-il le dedans de l’envers
l’envers est-il le dehors de l’endroit
transparence pour transparaître ou
être

Où poser le regard
de l’instant au présent
jouer
à pile ou à face ?

(inspiré par les peintures de Roland Guérin)