A mon corps dépendant

Aveugle dans l’obscurité de la nuit
oreilles bourdonnantes d’un silence sauvage
je capte les bruits intérieurs de cette écorce charnelle
habitacle de ma conscience

Battements pulsionnels dans le cou et les tempes
Je vis

Très chère usine
concentrée de technologie miniaturisée
structure d’os de chair de liquide de toutes natures
acide désoxyribonucléique qui fait de moi
un être unique
parmi les 7 milliards de corps sur la planète terre
influx de mon cerveau qui me fait penser et écrire
ces quelques mots

Très cher véhicule de moi même
tu demeures un mystère

Pourtant depuis plusieurs décennies
nous vivons ensemble
corps et âme
pour le meilleur et le pire
à la vie à la mort
surtout pour la vie
la mort désormais s’approchant
je dois négocier avec toi
à mon corps dépendant

Je t’ai parfois détesté
le plus souvent ignoré
je ne t’ai pas ménagé
te pliant aux caprices de ma volonté

En cette nuit de lucidité
une fulgurance indicible
me projette dans l’évolution
de l’univers à la terre
de la première cellule constituée
à ce corps achevé et en devenir
emprunté à la matière
dont la finalité est de faire fonctionner
un être pensant – cogito ergo sum –
qui ne se soucie du corps que
quand celui-ci se rappelle à lui
par une souffrance

Où est la finalité ?

Pour quelle infinalité ?

©photo : Aaris