Crever l’absurde

Nos vies
sont   seront
traversées par
des moments
de douleur physique insupportable
de géhenne existentielle intolérable
de disparition d’êtres chers insoutenable
de solitude profonde intenable

La révolte le désespoir la souffrance
hurlent l’absurdité de la vie

Nos vies
offrent  offriront
des moments
d’émotion intense partagée
de communion profonde avec la beauté
d’amour comblé
de joie indicible d’éternité

Et si la souffrance avait un sens libérateur ?

L’écorce charnelle serait-elle le creuset
d’une alchimie étrange et mystérieuse
chrysalide d’un passage vers un Ailleurs ?

Ainsi tiraillés toujours nous sommes
attirés par le ciel ou la terre
l’envol ou le forage
la lumière ou les ténèbres

Pourtant… Il existe des chemins vers un Ailleurs…

Est-ce en remontant dans la mémoire du temps
à la source de la parole perdue ?

Est-ce dans l’aspiration d’une transcendance
et l’élévation par le dépassement ?

Est-ce dans cette immanente présence
de la beauté perçue ?

Et si le temps à explorer était celui de l’instant
de ce moment
là où tu es assis
là où tu marches
ce moment de présent
qui contiendrait le début et la fin
l’alpha et l’oméga ?

Dedans Dehors

Pas d’angles qui arrêtent le regard
mais
un cercle complet parfait rassurant
avec
un Dedans et un Dehors

Un Dedans
protection chamaniste
ventre et seins de femme
réserve d’amour
résonance de jeux et cris d’enfants

Un Dehors
de la vie qui tourne en rond
ou pas rond
d’évasion de par le monde
d’inconnu d’ailleurs
de possibles en gestation

Et le cercle devient boule et bulle
qui spirale dans le cosmos
ou
s’enfonce dans le puits sans fond du chaos
source lumineuse des couleurs

Je tombe de la main gauche
dévisse et plonge
vertige et fascination
doute et douleur

Abandon au jaillissement
qui envahit l’espace vierge

Les couleurs se crachent s’ordonnent
La plume racle le papier qui se déchire

Magie euphorisante
de découvrir les émotions impudiques
du Dedans
s’offrir aux regards
du Dehors

(à Marie-Martine Marchand – 3ème Creuset – 2015)

 

 

Une vie

La main d’un destin dessine
une aspérité pour s’accrocher
une différence pour ébaubir
une île pour isoler
un regard pour ancrer
un sourire pour se perdre
une bouche pour se désaltérer
une odeur pour s’enivrer

Des blancs se comblent de champs de soleils
Des vides se creusent en brûlures de cratères et de rides

Et le temps passe

Le temps pour avoir le temps
le temps pour être le temps
un temps de l’intense qui unit les âmes
fusionne les corps à l’unisson de l’univers
pour que la beauté prenne sa place

Toute sa place

Le temps d’un souffle retenu
d’une extase

Pour oublier ce qui use
pour exploser et renaître
au cœur d’une certitude
quand le doute interroge le commencement et la fin

L’infini
c’est très long
le temps d’une vie
très court

(extrait de Intempor’EL – Editions Entre Terre et Ciel – 2015)