L’Éveilleur

Très tôt il avait décidé que le monde était partagé entre
ordre et désordre
l’ordre était de jour et de lumière
le désordre était de nuit et de ténèbres

Il aimait le jour qui était connaissance et découverte
Il détestait la nuit qui était obscurantisme et irrationnel
Il vivait le jour dans la douce euphorie de l’apprentissage
Il se calfeutrait la nuit en proie à d’horribles visions cauchemardesques

Plus tard il aperçut des fissures dans cette dichotomie apaisante
Sa vie en fut bouleversée
Ordre et désordre s’unirent
Les repères orchestrés volèrent en éclats provoquant dans sa vie
des sorgues de terreur sans fin
des solitudes de désert ridé

Au cœur de cette tourmente
il vit dans l’opacité des éléments déchaînés
une silhouette dégingandée appuyée sur un bâton
une voix intérieure chuchota
« ordre et désordre sont en toi comme en toute chose »

Bien qu’énigmatique cette affirmation apaisa le chaos ambiant
Une autre dimension s’ouvrit dans sa pensée

Comme sur la palette se mélangent le blanc et le noir
il amalgama le jour et la nuit
il observa que la connaissance était emplie de zones d’ombre
que l’irrationnel ouvrait d’innombrables pistes à explorer
un autre monde se forgea
un monde où les contraires tentaient de s’harmoniser
un monde où la complexité dessinait dans la simplicité
de nouveaux chemins

Il prit la parole et dit
Il prit la plume et écrivit

Un jour en regardant son ombre dans la lumière
il aperçut qu’elle ressemblait à la silhouette dégingandée
qui avait parlé au cœur de sa tourmente

Il comprit qu’il était devenu sans le savoir ni le vouloir
un de ceux qui veille à l’équilibre fragile de l’
ordre et du désordre