L’Éveilleur

Très tôt il avait décidé que le monde était partagé entre
ordre et désordre
l’ordre était de jour et de lumière
le désordre était de nuit et de ténèbres

Il aimait le jour qui était connaissance et découverte
Il détestait la nuit qui était obscurantisme et irrationnel
Il vivait le jour dans la douce euphorie de l’apprentissage
Il se calfeutrait la nuit en proie à d’horribles visions cauchemardesques

Plus tard il aperçut des fissures dans cette dichotomie apaisante
Sa vie en fut bouleversée
Ordre et désordre s’unirent
Les repères orchestrés volèrent en éclats provoquant dans sa vie
des sorgues de terreur sans fin
des solitudes de désert ridé

Au cœur de cette tourmente
il vit dans l’opacité des éléments déchaînés
une silhouette dégingandée appuyée sur un bâton
une voix intérieure chuchota
« ordre et désordre sont en toi comme en toute chose »

Bien qu’énigmatique cette affirmation apaisa le chaos ambiant
Une autre dimension s’ouvrit dans sa pensée

Comme sur la palette se mélangent le blanc et le noir
il amalgama le jour et la nuit
il observa que la connaissance était emplie de zones d’ombre
que l’irrationnel ouvrait d’innombrables pistes à explorer
un autre monde se forgea
un monde où les contraires tentaient de s’harmoniser
un monde où la complexité dessinait dans la simplicité
de nouveaux chemins

Il prit la parole et dit
Il prit la plume et écrivit

Un jour en regardant son ombre dans la lumière
il aperçut qu’elle ressemblait à la silhouette dégingandée
qui avait parlé au cœur de sa tourmente

Il comprit qu’il était devenu sans le savoir ni le vouloir
un de ceux qui veille à l’équilibre fragile de l’
ordre et du désordre

 

 

 

Un p’tit coin de paradis

Les étoiles ont rempli l’herbe du matin
d’éclats de nuit scintillant au soleil
mes pieds nus les écrasent
la rosée me pénètre
les lauriers roses et le jasmin s’exhalent
un air très doux caresse ma peau
je frissonne à l’unisson des feuilles
au loin Pedro brait

La figue cueillie crache un lait amer
sa peau craquelée raconte son histoire
son intérieur est une galaxie de petites sphères
attachées sur la paroi
la couleur rose jaune rouge s’étale
palette subtile
je la croque
des petits grains entourés de matière onctueuse
s’écrasent sous les dents
j’avale un jus doux et sucré

La transparence des grappes de raisins annonce leur maturité
zitiui-si-vi-si-vi-svi-sivi zuy-zuy-zuy-zuy
racontent les Troglodytes Mignons
les cyprès – verticales sombres – narguent le bleu du ciel
des abeilles bourdonnent en tourbillonnant dans les valérianes
une cigale rend hommage à la chaleur
appelant ses soeurs endormies au concert
un écureuil d’arbre en arbre traverse la pelouse
je ne vois que le panache de sa queue rousse

J’aspire corps et âme cet équilibre serein

Je suis dans un mas des Alpilles
parcelle de territoire Français
du continent Européen
de la planète Terre
perdue dans une des galaxie du multivers

L’étoile présumée habitable la plus proche
est à 40.000 milliards de kilomètres
Son nom : Proxima Centauri b
Y trouverai-je ce p’tit coin de paradis ?

(été 2016)

 

 

Scénographie

Au centre de la toile blanche
je dépose un point
Il est l’Existant avant le Bing bang
Il est la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule
Il est le jour de la sortie du ventre d’une mère

Il est le point du commencement

Avec le compas et une multitude de points
je trace un cercle autour du point initial
Il est l’univers en expansion depuis le Bing bang
Il est l’espace et le temps offert à celui qui naît
Il est le possible des connaissances à rencontrer

Il est ce qui ne se finit pas

Avec la règle et le compas
je trace des rayons du point à la circonférence
Ils sont les rencontres qui se tisseront avec l’espace
Ils sont les liens qui se noueront avec le temps
Ils sont le réseau formé par une vie

Avec une image en trois dimensions
le cercle devient sphère
et tout se met en mouvement
les organites de la cellule tournent autour du noyau
l’électron avec ses neutrons ses protons
tourne autour de l’atome
la lune tourne autour de la terre
qui tourne autour du soleil

Du microcosme au macrocosme
une immense scénographie est mise en mouvement
Où est le metteur en scène ?
Où est le centre ?

(septembre 2016)