Feuille de route

                              II

Tapis au bord d’un chemin
j’écoute la vibration de la vie
le murmure des mandibules
le bruissement des ailes
l’évaporation de la rosée
la lumière de la lune captant le soleil
les étoiles éteintes qui éblouissent la nuit

Je suis là silencieuse

Je suis lourde d’une humanité dualiste
contradiction est loi
le libre choix implique la souffrance
penser en bien agir en pire
se complaire dans le lucre
ignorer l’essence
refuser la quintessence

Je suis là solitaire

Taire le bruit du matériel
entendre la vie intérieure
celle qui remue sans bruit et bruit quand même
le chant de ce qui se perpétue
le sourire de ce qui trouve le chemin vers l’Ouvert
la lumière au bout du tunnel
l’oxygène dans la vase
l’eau dans la pierre

Je suis là résonante

Je m’inscris dans le passage furtif entre deux mondes

(inédit – 2016)

 

Feuille de route

                                                                   I

Dès que l’ange a mis son index sur nos lèvres
nous sommes déterminés à affronter une vie nouvelle
nos esprits incarnés oublient le chemin du retour

Ainsi…
Nous partageons les territoires communs peuplés
des ombres du passé
Nous affrontons les tempêtes qui couvent dans nos têtes mal construites
Nous gémissons dans nos corps de la rigidité des pensées toutes faîtes
Nous marchons encore et toujours par tous les temps en tout temps
Nous maudissons les contraintes et les nuits sans lune

Cheminer est la règle et la règle dit :
allume des foyers d’amour pour embraser les coeurs indifférents
fais vibrer la périphérie pour retrouver le centre
oublie l’égo qui agite
dissous-toi pour reprendre forme
laisse le courant te guider vers la mer lactée d’étoiles

Avance
vivant d’entre les morts
avance de bonds en rebonds
comme le caillou ricochant sur l’eau calme
en apaisante apesanteur
Avance

(Inédit – 2016)

Le pays sans nom

Dans le cœur d’un pays qui ne dit pas son nom
au centre d’un cercle entourée par la nuit
je me réfugie dans un halo de lumière

Dehors l’orage et les éclairs racontent la colère du ciel
nourrie d’énergie tellurique et de rosée matinale

Possédée par l’odeur de terre brûlée et de sous-bois décomposé
je capte les rêves égarés des promeneurs de silence

des mains qui semblent miennes
mélangent les couleurs
malaxent les formes
empilent les lettres
libèrent les sons

des pages blanches se remplissent de messages à décrypter

le cœur de ce pays qui ne dit pas son nom
contient ce qui ne se nomme pas

Je le quitte parfois
et reviens dans l’autre monde

Les regards s’écarquillent et cherchent un sens
Je reste coi et muet

Le pays qui ne dit pas son nom ne possède pas de clés

(écrit à l’occasion de l’exposition des peintures de Marie-Martine Marchand)